Chacun d'entre nous peut regarder ce qui nous entoure, et il est très facile d'admirer ou de détester ce ciel ou cette terre. Mais il reste une unique chose qu'il est impossible de savoir. Nous pouvons tout regarder, nous pouvons tout voir, tout sauf l'objet qui regarde, le corps qui voit. Que sommes nous ? Nous qui regardons tout autour, qui somme nous ? Que devons nous ? Où marchons nous ? Vers quoi ?
Je n'arrive pas répondre à ces pauvres questions, j'ai regardé autour de moi, tout autour, mais je n'ai rien trouvé. N'ai-je vraiment rien trouvé ou n'ai-je trouvé que des éléments peu flatteurs ? Mais qu'est-ce que l'estime de soi ? Je n'en ai que faire ! Et les doutes qui me tiraillent me font tomber plus bas que ne pourraient le faire les mensonges les plus empoisonnés !
J'ai regardé tout autour de moi, et j'ai tout vu. Les idées que l'on possède de soi ne sont que des idées, pour tout le monde, qui peuvent être plus ou moins proches de la vérité. Toutefois, elles ne demeurent que des idées. Quant à moi, mes idées m'ont quitté, et sans elles, mon coeur est vidé de tout. Je n'arrive pas à satisfaire mes doutes avec elle, et la vérité ne perdurera jamais en moi.
J'ai bien essayé de m'en forger une grâce à ceux dont je fais parti d'un "autour". C'est encore plus meurtrier. Cet "autour" peut être perçu de plusieurs manières, et surtout, quand je l'évoque, je repense à mon très cher Charles Baudelaire. Quelle vie affreuse il a mené ! Quel destin vil s'est acharné sur lui ! Quel génie maudit ! Je repense à lui et à sa vie. Qui n'a jamais lu un de ses poèmes ? Tout le monde sait à quel point il est un grand littéraire. Tout le sait, sauf lui. Jusqu'à sa mort, il n'a fait que subir affronts et vengeances. Rejeté par tous les éditeurs (réactions incompréhensibles, son oeuvre est une des plus belles produites), puis après plusieurs années de recherches il est passé en jugement pour ses Fleurs du Mal et condamné à payer une forte somme, quasiment aucune vente lors de son vivant, mort dans l'agonie, dans le désespoir, dans le mal, et dans la misère. Quel acharnement la vie a appuyé sur lui ! Il ne savait pas qui il était, il ne savait pas à quel point ses poèmes étaient sublimes, personne ne se laissait croire en lui à cause de ses idées révolutionnaires concernant la littérature, seuls quelques hommes croyaient en lui. Et quels hommes ! Victor Hugo, Sainte-Beuve, Théophile Gautier. L'image que lui laissait percevoir son "autour" était fausse, alors dois-je vraiment m'imposer celle de mon "autour". Baudelaire, pauvre poète maudit !
Mon "autour", dois-je le regarder ? Dois-je l'écouter ? Mais à quoi bon savoir ? Je vis, et lorsque ma vie sera passée, je ne serai plus de ce monde pour voir les traces que j'y ai laissé.
J'ai vu tout mon "autour", en marchant plus vite qu'un autre, et j'ai fais le tour de ma vie.